Setsubun est une fête japonaise célébrée à la veille du printemps selon l’ancien calendrier lunaire-solaire. Elle est surtout connue pour le lancer de haricots destiné à repousser les démons, ou
oni, et attirer la chance dans la maison. Observée principalement le 3 février, parfois le 2 février selon les années, elle associe croyances anciennes, pratiques familiales, cérémonies religieuses et spécialités culinaires. Malgré son caractère populaire, Setsubun conserve une fonction symbolique forte : entrer dans une nouvelle saison en se débarrassant du malheur.
Setsubun, la fête japonaise qui marque le passage vers le printemps
La date de Setsubun et son lien avec le calendrier traditionnel
Le mot setsubun signifie littéralement « séparation des saisons ». Dans le calendrier traditionnel japonais, chaque changement de saison pouvait donc être qualifié de setsubun. Aujourd’hui, le terme désigne presque exclusivement la veille de Risshun, le premier jour du printemps dans le calendrier solaire traditionnel japonais.
Cette date tombe généralement le
3 février, mais elle peut exceptionnellement être déplacée au 2 ou au 4 février en raison des ajustements du calendrier astronomique. Setsubun ne correspond pas au printemps météorologique : il fait encore froid dans la majeure partie du Japon. Il marque plutôt un tournant symbolique, celui du retour progressif de la lumière et du renouveau.
Cette idée de nouveau départ rappelle les fêtes du Nouvel An en Asie orientale. Les lecteurs intéressés par les rites chinois peuvent comparer cette période avec
les origines et traditions du Nouvel An chinois, également liées au passage vers un nouveau cycle.
Le sens de « séparation des saisons » et le changement de cycle
Setsubun repose sur une croyance ancienne : les périodes de transition seraient propices aux désordres, aux maladies et aux influences néfastes. La fête vise donc à purifier l’espace domestique avant l’arrivée du printemps.
Chasser le malheur et accueillir le bonheur constitue son principe central.
Le rituel possède une dimension concrète autant que spirituelle. Les familles nettoient parfois leur intérieur, préparent des aliments considérés comme protecteurs et accomplissent le mamemaki, le lancer de haricots. Dans les temples et sanctuaires, cette purification prend une forme publique et collective.
Origines et évolution historique de Setsubun
Les racines chinoises du rituel du tsuina
Les origines de Setsubun remontent en partie au
tsuina, un rituel de purification introduit de Chine au Japon durant l’époque de Nara, entre le VIIIe et le IXe siècle. À la cour impériale, des cérémonies étaient organisées à la fin de l’année pour expulser les esprits nuisibles et les épidémies. Des participants masqués incarnaient des forces démoniaques, repoussées par des gestes, des formules et des objets symboliques.
Le Japon a ensuite adapté ces pratiques à son calendrier et à ses croyances locales. Cette circulation de rites entre Chine et Japon éclaire les ressemblances avec
les traditions de la fête du Nouvel An chinois, même si les cérémonies, les aliments et les calendriers ne sont pas identiques.
L’adaptation de la cérémonie dans le Japon ancien et les temples bouddhistes
À partir de l’époque de Heian, le tsuina se diffuse au-delà de la cour impériale. Les gestes de protection deviennent progressivement plus accessibles, notamment dans les temples bouddhistes et les sanctuaires shinto. Le jet de haricots, aujourd’hui emblématique, s’impose comme un moyen simple de repousser les mauvais esprits.
Au fil des siècles, Setsubun prend une forme domestique. Les familles interprètent les oni comme des symboles de malchance, de maladie ou de conflits. Les établissements religieux conservent toutefois un rôle important : leurs cérémonies attirent des foules venues recevoir des haricots, des talismans ou la bénédiction de personnalités invitées.
| Élément | Fonction symbolique |
| Haricots de soja grillés | Repousser les oni et appeler la bonne fortune |
| Masque d’oni | Donner une forme visible aux malheurs à chasser |
| Ehomaki | Attirer la chance en début de printemps |
| Sardine et houx | Éloigner les esprits indésirables de l’entrée |
Mamemaki, le lancer de haricots pour chasser les démons
Les oni, symboles du malheur, des maladies et des mauvais esprits
Dans l’imaginaire japonais, les oni sont des créatures démoniaques souvent représentées avec des cornes, une peau rouge ou bleue et une massue. À Setsubun, ils ne désignent pas nécessairement des êtres à craindre au sens littéral. Ils incarnent ce que l’on souhaite éloigner : maladie, pauvreté, mauvaises habitudes, disputes ou revers de fortune.
Dans les foyers, un adulte porte souvent un masque d’oni, tandis que les enfants lui lancent des haricots. Cette mise en scène transforme un ancien rite de purification en tradition familiale ludique, sans effacer sa portée symbolique.
La formule « Oni wa soto, fuku wa uchi » et le déroulement du rituel
Le mamemaki se pratique avec des graines de soja grillées, appelées fukumame, ou « haricots de la fortune ». Le soir de Setsubun, on ouvre une porte ou une fenêtre et l’on lance les graines en récitant :
« Oni wa soto, fuku wa uchi », soit « Les démons dehors, le bonheur dedans ».
Les gestes varient selon les régions, les familles et les lieux de culte, mais le déroulement courant est simple :
- préparer des graines de soja grillées, plutôt que des graines crues ;
- ouvrir vers l’extérieur pour symboliser le départ des influences néfastes ;
- jeter quelques haricots en prononçant la formule rituelle ;
- refermer la porte afin de préserver la chance à l’intérieur ;
- ramasser les graines au sol, surtout en présence de jeunes enfants ou d’animaux.
La formule peut être adaptée. Dans certains temples, on évite par exemple d’expulser les oni lorsque le nom du lieu ou une tradition locale leur attribue une connotation protectrice.
Manger des haricots selon son âge pour attirer la santé
Après le lancer, il est d’usage de manger un nombre de haricots correspondant à son âge, parfois une unité supplémentaire pour l’année à venir. Ce geste est censé favoriser la santé et la longévité. Il ne s’agit pas d’une règle uniforme : certaines familles la suivent strictement, d’autres privilégient simplement le partage des fukumame.
Une précaution pratique mérite d’être rappelée : les haricots entiers peuvent présenter un risque d’étouffement pour les jeunes enfants. Il est préférable de ne pas leur en donner ou de choisir une alternative adaptée.
Les traditions culinaires et symboliques de Setsubun
Ehomaki, le rouleau de sushi à manger face à la direction porte-bonheur
L’ehomaki est un rouleau de sushi épais, garni de plusieurs ingrédients et traditionnellement mangé sans le couper. Il faut le consommer en silence, tourné vers l’
eho, la direction favorable de l’année déterminée par l’astrologie traditionnelle japonaise. L’objectif est de ne pas « couper » la chance et de formuler intérieurement un vœu.
Longtemps associée à la région du Kansai, cette coutume s’est largement diffusée au Japon à partir de la fin du XXe siècle, notamment grâce aux commerces alimentaires. Les garnitures varient : concombre, œuf, anguille, champignons, poisson ou légumes marinés. Le rouleau n’obéit donc pas à une recette unique.
Sardines, têtes de poisson et feuilles de houx contre les mauvais esprits
Dans certaines régions, on fixe à l’entrée une tête de sardine grillée sur une branche de houx. Appelé hiiragi iwashi, cet assemblage repose sur une logique de protection : l’odeur forte de la sardine et les feuilles piquantes du houx doivent dissuader les oni d’entrer.
Cette pratique est moins répandue que le mamemaki, mais elle montre la diversité des traditions de Setsubun. Comme lors de
la Fête des lanternes en Chine, les aliments et les objets rituels servent à exprimer la prospérité, la protection et l’espoir d’un cycle favorable.
Célébrer Setsubun au Japon aujourd’hui
Les grandes cérémonies dans les sanctuaires et les temples
De nombreux sanctuaires shinto et temples bouddhistes organisent des cérémonies de mamemaki. Des prêtres, des moines, des personnalités locales ou des invités lancent des haricots emballés, parfois accompagnés de petits cadeaux, vers les visiteurs. Ces événements peuvent être très fréquentés dans les grands centres urbains.
Les participants viennent autant pour le rite que pour l’atmosphère festive. Il convient de suivre les consignes du lieu, de rester attentif aux mouvements de foule et de ne pas tenter d’attraper des objets au détriment des autres visiteurs.
Les célébrations familiales, scolaires et commerciales
À la maison, Setsubun reste une fête accessible : quelques haricots, un masque d’oni et un repas partagé suffisent. Les écoles maternelles et primaires organisent fréquemment des activités autour du lancer de haricots, de la saison et des émotions associées aux oni.
Les commerces proposent largement des ehomaki et des décorations saisonnières. Cette dimension commerciale a renforcé la visibilité de la fête, sans faire disparaître les pratiques familiales et religieuses.
Les règles de participation et les variations selon les régions et les foyers
Il n’existe pas une seule manière correcte de célébrer Setsubun.
Le mamemaki, l’ehomaki et les objets protecteurs relèvent de traditions évolutives, influencées par la région, la religion et les habitudes du foyer. L’essentiel demeure le même : marquer un passage de saison et souhaiter santé, bonheur et protection pour les mois à venir.
Setsubun, un rite de renouveau toujours vivant
Setsubun montre comment une ancienne cérémonie de purification a conservé sa place dans le Japon contemporain. Derrière le lancer de haricots, les masques d’oni et l’ehomaki se retrouve une même intention :
laisser derrière soi les influences négatives pour accueillir une saison plus favorable. La fête associe ainsi croyances religieuses, traditions familiales et pratiques culinaires sans imposer un modèle unique. Célébrée dans les temples, les écoles ou à la maison, elle reste accessible par des gestes simples et symboliques. Pour la comprendre ou la pratiquer, l’essentiel est de respecter son esprit :
marquer un passage, partager un moment collectif et formuler des vœux de santé, de bonheur et de protection pour l’année à venir.